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Tradition et renouveau
Mon point de vue sur la lutherie contemporaine
L'architecture sonore, les matériaux
et les modèles
Tradition et renouveau
Je me concentre surtout sur la construction des instruments du quatuor à cordes. Ma recherche d'un style et d'un cachet personnel au niveau de la forme et de la sonorité est basée sur les traditions existantes. La copie exacte n'a jamais été un but en soi, mais elle a été une étape fructueuse dans ma formation et dans le développement de mon travail. Les maîtres anciens sont pour moi une référence pour élaborer un mode de lutherie actuel. Les traditions de Crémone et de Venise du XVIe au XVIIIe siècle sont des fils conducteurs et j'ai une prédilection particulière pour la lutherie flamande ancienne.
Je cherche donc à combiner la tradition historique, les données de l'analyse des matériaux et de la sonorité avec les techniques modernes, espérant rejoindre dans mon travail la richesse et la magie des instruments de haute qualité.
L'étude et la copie de maîtres anciens
Étudiant dans le détail leurs instruments, je parviens à comprendre les procédés des maîtres anciens. J'ai à ma disposition une abondante bibliothèque spécialisée, une documentation photographique importante, des moulages et des mesures prises sur les originaux; j'étudie (?) les instruments qu'on confie à l'atelier pour le réglage ou pour l'entretien, je visite les collections et les ventes aux enchères importantes dans le monde entier pour en étudier les instruments. Il reste néanmoins que seules la construction et la copie effectives nous enseignent véritablement la leçon des maîtres anciens.
La lutherie actuelle
La lutherie manifeste une grande vitalité et elle est très diversifiée. Les luthiers se spécialisent toujours davantage, soit dans la fabrication, soit dans la restauration ou encore dans l'archèterie. Cette tendance a marqué le métier ces vingt dernières années et la qualité s'est accrue prodigieusement. Les grands solistes n'hésitent plus devant l'achat d'un instrument neuf, ils le choisissent délibérément pour leurs concerts et leurs enregistrements. L'instrument neuf tient désormais compagnie à leurs anciennes amours.
Il y a trente ou quarante ans, le métier de luthier était en voie de disparition. Et au XIXe, la tradition d'instruments artisanaux de qualité s'est peu à peu perdue. La fabrication d'instruments finit par n'être qu'une production commerciale impersonnelle déversant sur le marché des instruments pour le tout venant.
La pratique de l'exécution musicale authentique, qui voit le jour pendant les années soixante, a recréé le besoin d'instruments nouveaux. Les instruments existants devaient certes être remis dans leur état originel, mais il fallait aussi des copies d'instruments baroques. Les originaux devinrent de plus en plus chers, mais on payait plutôt la rareté et le prestige historique que la qualité sonore intrinsèque.
Ceci a stimulé la construction d'instruments neufs de qualité, ce qui a entraîné une amélioration de la qualité des instituts de formation et suscité l'échange des connaissances. La lutherie reconquit l'attention internationale; des concours, des expositions, des colloques s'organisèrent, des publications virent le jour et des associations se formèrent. Aujourd'hui, la nouvelle génération de luthiers se caractérise par une spécialisation poussée, une nouvelle tradition et un label de qualité dans la construction neuve. Les musiciens retrouvent l'atelier du luthier, la lutherie actuelle s'est fait sa place dans le monde musical, et sur un pied d'égalité avec la lutherie historique.
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Point de vue sur la lutherie contemporaine
Chaque instrument est une création
L'instrument est une création unique qui s'élabore par
le dialogue entre musicien et luthier. C'est pourquoi je préconise
le travail sur commande, qui déclenche un processus intentionnel
et résulte dans une création personnelle à la mesure
des préférences en matière de sonorité, de
timbre, de dimensions, de formes et de couleurs du musicien concerné.
Les ingrédients capitaux de ce processus sont le dialogue, l'échange,
la coopération et la confiance. Je mets naturellement à
la disposition du client un choix d'instruments d'essai, qui permettra
de préciser ses aspirations.
Timbre et qualité sonore
Dans mon travail de lutherie, je cherche à créer des instruments équilibrés dans les différents registres.
Ces instruments ont l'avantage d'avoir une sonorité directe et précise. La richesse du timbre permet tous les raffinements dans le jeu. La sonorité est ouverte, riche en harmoniques et puissante et, quand cela s'avère nécessaire, tient son rang en soliste face à l'orchestre. En outre, il possède
un timbre riche qui se développe au fil des ans sous les doigts de son propriétaire.
Le service après-vente
La vie d'un instrument commence dès qu'il quitte l'atelier. Un
instrument de qualité n'est jamais terminé à la livraison.
Il vient à peine de voir le jour et ce n'est qu'au fil des années,
sous les doigts de son propriétaire, que son identité et
sa couleur s'épanouiront. L'interprète, en collaboration
avec le luthier, «personnalisera» son nouvel instrument. C'est
la raison pour laquelle j'aime, dans la mesure du possible, avoir la possibilité
de suivre les instruments que j'ai construits. Durant les deux premières
années, l'entretien de l'instrument est gratuit et j'encourage
les interprètes à me rendre visite régulièrement
avec l'instrument, pour en discuter l'évolution, le vérifier
et l'entretenir et développer ses qualités.
Je prévois pour chaque instrument une période d'essai de
deux semaines avant la décision d'achat.
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L'architecture sonore, les matériaux et les
modèles
L'architecture sonore
Mes instruments sont le résultat d'une part de mon expérience
en lutherie qui date de plusieurs années et d'autre part des données
les plus récentes, de plus en plus précises, fournies par
la recherche scientifique en matière de sonorité.
J'ai pu affiner mes vues sur les propriétés physiques des
instruments anciens en étudiant l'influence du choix du bois, des
modèles, des voûtes et même des vernis sur les qualités
sonores. En même temps j'ai été obligé de développer
des techniques et des outils nouveaux pour satisfaire aux conclusions
scientifiques actuelles. Il en résulte des instruments qui satisfont
à toutes les exigences du soliste d'aujourd'hui.
Les modèles
Je choisis mes modèles parmi les instruments de l'école de Crémone des XVIe et XVIIe siècles (Amati, Andrea Guarneri, Guarneri del Jesu, Stradivarius) et pour les violoncelles, chez les Vénitiens comme Goffriller et Montagnana. Les luthiers flamands de cette période sont également, pour moi, une importante source d'inspiration (Hofmans, Willems, Bourbon).
J'ambitionne assurément la perfection, mais une perfection vivante et organique. Le charme des instruments anciens, c'est précisément la vie qui les habite et la marque de l'histoire qu'ils portent.
Leur spontanéité et leur couleur sonore sont le secret du savoir-faire des anciens maîtres.
J'aime autant un instrument robuste et même un peu grossier, débordant d'énergie, puissant et souple que le bijou de grande classe et fini avec raffinement. Ma production vise un équilibre entre les deux. Sans négliger d'aucune façon l'harmonie des proportions, j'aime me permettre une certaine liberté d'expression artistique. Certains de mes instruments portent, bien visibles, les traces de l'outil, d'autres sont finis jusqu'au moindre détail.
Matériaux
> Le bois
Le bois de sapin et d'érable sont soigneusement sélectionnés
parmi les plus précieux et ils proviennent de la Bosnie et du Nord
de l'Italie. La sélection est faite non seulement pour la qualité
esthétique, mais avant tout pour des raisons d'acoustique. Le bois
a pu sécher dans des conditions optimales pendant des années
avant d'être travaillé. Le luthier doit disposer d'une réserve
de bois importante afin de pouvoir choisir le morceau requis pour une utilisation
déterminée.
> Le vernis
La recherche historique, liée à une analyse chimique méticuleuse, nous a fourni de nombreuses informations concernant les ingrédients et les procédés mis en œuvre par les maîtres anciens jusqu'à 1750. Au XIXe siècle, cette connaissance s'est perdue presque totalement. Le vernis que je prépare et la façon de l'appliquer sont des reconstructions scientifiques de cette tradition ancienne. Ainsi, l’instrument obtiendra-t-il après quelque temps la même patine naturelle des instruments des maîtres anciens.
Il s'agit, comme autrefois, d'un vernis à l'huile. Je le développe en collaboration avec un chimiste. Nous recherchons particulièrement la souplesse, la transparence, la texture, la couleur et la résistance.
Le vernis a une fonction esthétique, il met en évidence la qualité du bois et la maîtrise du luthier. Il a par ailleurs une fonction protectrice. Sans être 'le secret' d'une belle sonorité, il est indiscutable que sa composition et son élasticité interviennent sur les qualités d'émission et sur le timbre de l'instrument.
Selon la technique du vernis, l'instrument aura l'aspect d'une véritable réplique, semblera légèrement vieilli ou flambant neuf, montrant une surface intacte.
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